Arkösund // Västervik – Du 16 au 26 juillet

Le bateau

Vendredi 16 juillet – Journée à terre à Arkösund
Après notre navigation dans le brouillard la veille pour rallier le port d’Arkösund, nous profitons des machines à laver du port et avitaillons le bateau. Voilà presque trois semaines que nous faisons nos lessives à l’eau de mer, et les draps ont besoin d’un petit coup de propre. Mi-juin, lors de notre premier passage à Arkösund, nous étions quatre bateaux en escale, répartis sur les deux ports d’invités. Cette fois, les deux ports sont pleins. Cette dernière quinzaine de juillet correspond à la période la plus chargée des vacances en Suède. De nombreux bateaux allemands sont également venus gonfler les rangs de la flotte qui sillonne actuellement les archipels. En revanche, nous n’avons toujours pas croisé de compatriotes de la marine française… Après quelques lessives matinales, direction la petite réserve naturelle et ses pontons aménagés entre les rochers pour un après-midi de baignade.  

Samedi 17 juillet – Arkösund // Håskö Lisselön
Nous continuons notre descente plein sud. Le vent, lui, file plein nord… Nous sommes quelques bateaux à partir ensemble ce matin. C’est l’une des rares fois où nous observons un voilier suédois (avec une magnifique garde-robe, ceci expliquant peut-être cela) s’obstiner à tirer de très beaux bords au près à la voile alors que d’habitude, tous sont au moteur dans ces conditions (et pas que dans ces conditions d’ailleurs). L’idée de l’accompagner dans cette noble mais fastidieuse tâche me traverse l’esprit, jusqu’à ce que je croise le regard de Claire qui, sans ouvrir la bouche, me dit : « Ne t’excite pas mon Alex ! Il est deux fois plus gros que nous et avec des voiles de régate. Il nous aura semé en moins de 10 minutes et sera déjà à la sieste quand on n’aura pas encore fait 5 miles dans ces conditions… On met la grand-voile en soutien si tu veux, mais tu laisses le moteur en marche et on avance ! » Et tout ça sans dire un mot… juste avec les yeux ! On commence à bien se connaître sur la marche du bateau 😉
C’est donc au moteur et dans une bonne brise de face montant jusqu’à 15kt que nous rallions l’île d’Håskö. Par un étroit passage nous gagnons la grande baie de la côte est, et prenons un mouillage sur ancre arrière contre les rochers au sud-ouest de la baie. Le lieu est réputé et de nombreux bateaux occupent le petit ponton visiteurs, où les autres mouillages possibles. L’endroit est abrité et nous sommes assez tranquilles malgré l’affluence. Un rond de pierre pour faire un feu a été laissé par nos prédécesseurs, et un petit village de pêcheurs avec une poissonnerie artisanale est accessible par un sentier en 10 minutes de marche. L’endroit nous semble parfait pour passer deux ou trois jours et fêter l’anniversaire de Ti’Paul le lendemain !

Dimanche 18 juillet au mardi 20 juillet – Journées à terre à Håskö
Comme presque tous les matins, la journée commence par un gros câlin avec les enfants. Celui-ci est encore plus sympa, car aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Paul qui fête ses 7 ans ! Une journée organisée entre baignades « au cul du bateau » (comme disent maintenant les loulous), balades sur l’île, petits tours en annexe, et feu de camp avec des chamallows grillés ! Pour marquer le coup et dans l’attente de son nouveau vélo à notre retour à La Rochelle, nous lui avons offert un jeu d’échecs. Après quelques parties ensemble, Paul et sa sœur s’approprient l’échiquier et y développent rapidement leurs propres règles… On avait rarement entendu autant d’éclats de rires autour d’un échiquier ! Les enfants jouent également beaucoup tous les deux au bord de l’eau et créent une maquette géante de port à base de cailloux et de morceaux de bois. Nous profitons également de cette escale pour sympathiser avec un couple de suédois. Fait rare dans ce voyage (surement lié à notre niveau d’anglais disons « décevant »), nous passons plusieurs heures à discuter en anglais avec eux et partageons notre feu et notre bouteille de rhum « Don Papa » jusqu’à tard en soirée. 
Le lendemain, un autre de nos voisins quitte le mouillage en oubliant son barbecue à terre : le sacrilège ultime pour tout équipage suédois qui se respecte ! Afin de leur éviter une nouvelle approche au ras des cailloux, nous leur livrons le barbecue à la rame grâce à notre annexe. Le temps glisse doucement, rythmé par les baignades, les feux de camp et nos dégustations de superbes harengs et saumons fumés que nous achetons chez les pêcheurs. La baie s’est vidée peu à peu, et nous profitons pleinement de cette escale, conscients que la fin de notre voyage approche à grands pas. 

Mardi 20 juillet – Håskö // Fyrudden
L’étape du jour est courte mais va s’avérer sportive. Cette fois, j’ai négocié en amont avec Claire le fait de pouvoir rallier le port de Fyrudden à la voile, au près. Avec 15 kt de vent établi et le bateau chargé, nous naviguons avec 1 ris dans la grand-voile et le solent réduit par quelques tours d’enrouleurs. Je me régale à la barre, j’ai l’impression de faire du 420 ! 
Cette escale au port est nécessaire après ces trois jours au mouillage, pour pouvoir faire le plein d’eau et quelques courses. Nous en profitons également pour faire un tour à la pizzéria réputée du port et nous faire une petite séance « cinéma en famille » sur le bateau !

Mercredi 21 juillet – Fyrudden // Torrö Ålgårdsfjärden
J’ai encore envie de m’amuser à la voile aujourd’hui ! Les prévisions de vent d’est tournant sud-est autour de 10kt sont la promesse d’une nouvelle belle journée à la voile, au travers avec un peu de près. Nous quittons le catway et hissons la grand-voile dans la foulée, bientôt rejointe par le solent. Le moteur est coupé avant même de quitter le port. Pas peu fier de notre efficacité ce matin, je me retourne et constate que les quelques plaisanciers suédois qui traînent sur les pontons ce matin, ont visiblement apprécié la manœuvre : 1 point pour la marine française ! Je savoure ce petit brin d’orgueil, Claire moins. Agacée par cette précipitation, elle descend dans le carré profiter de son thé avec les enfants et me laisse seul aux commandes du bateau. Je m’éclate ! Après un départ un peu mou sous le vent des îles, nous gagnons un peu le large et profitons d’une bonne petite brise. Les quelques rochers m’obligent à alterner les allures entre bon plein et travers. J’arrive à négocier ces transitions tout en gardant le gennaker dans cet air compris entre 8 et 10 kt. Le bateau marche bien et je profite pleinement de cette navigation en solo sur cet itinéraire que nous avions prévu de prendre à l’aller et auquel nous avions dû renoncer lorsque se sont déclenchés nos problèmes de moteur… Nous arrivons en milieu d’après-midi dans une petite baie pas très abritée dans laquelle s’engouffre le vent. Nos approches de repérage sur les rochers afin de trouver un bon emplacement de mouillage sont rendues difficiles par le vent qui souffle sur babord. Nous faisons cinq tentatives avant de finalement décrocher une bonne place pour la nuit. La berge est abrupte, et Claire a dû faire preuve de pas mal d’audace pour gagner la terre ferme depuis la delphinière et frapper provisoirement une amarre. Je la rejoins rapidement avec les enfants afin de placer quelques pitons dans les fissures pour bien amarrer le bateau. Les enfants adorent le bruit du piton « qui chante » lorsque celui-ci est bien en place. Moi aussi ! Ça me rappelle quelques bons souvenirs d’escalade 😉
Seul un bateau, que nous aidons dans son approche, nous rejoint en soirée. Ce voilier de plus de 40 pieds sera parfait pour nous couper le vent et nous protéger du petit clapot cette nuit. L’île est sauvage et nous nous offrons une agréable randonnée avant de prendre l’apéritif perché sur notre petite falaise. 

Jeudi 22 juillet – Torrö Ålgårdsfjärden // Hasselö Sand
Nous ne sommes plus qu’à une petite quarantaine de miles de Västervik, notre point de départ, que nous avons prévu de dépasser pour aller faire un tour un peu plus au sud avant de rentrer. L’étape du jour doit nous conduire sur l’île de Hasselö qui, nous a-t-on dit, est une plage paradisiaque pour les enfants. La jolie brise d’ouest qui souffle aujourd’hui sur la côte est favorable à tous les équipages, que l’on fasse du nord ou du sud. Les voiliers sont donc de sortis, et nous sommes des dizaines à nous suivre ou nous croiser sur les chenaux balisés qui traversent l’archipel, parfois par de très étroits passages. C’est sur l’un d’eux, à la faveur d’une rafale que nous coinçons l’enrouleur de la voile d’avant en essayant de réduire la voilure. Nous avons maintenant une bonne brise et nous ne pouvons garder le solent complétement déroulé. J’arrive finalement à l’enrouler à la main en sens inverse puis à le bloquer, et nous décidons de nous en passer pour la fin du parcours. Un peu plus tard, nous croisons à portée de voix, et pour la première fois en Suède, un bateau de la classe MINI : le numéro 330. Même si les voiles sont toujours siglées FRA, celui-ci bat désormais pavillon suisse et nous saluons chaleureusement son skipper. 
Encore une belle journée de voile qui nous conduit à Hasselö et sa plage sous affluence… Nous arrivons à prendre la dernière place disponible sur le ponton, avec ancre arrière contre un bout de quai exposé au vent… La place est tellement nulle que nous finirons par en changer dans la soirée après qu’une bien meilleure, sous le vent, se soit libérée. 
Pendant que les enfants gagnent la plage et (une fois n’est pas coutume) se projettent chacun de leur côté dans leurs jeux, nous continuons d’essayer de joindre le capitaine de la marina de Västervik pour commencer à organiser le retour et le grutage du bateau. Nous en profitons pour jeter un coup d’œil sur les places encore disponibles pour le ferry et les hôtels. Début août marque la fin des principaux flux touristiques en baltique, et les ferries et les hôtels sont pleins. Il reste quelques places à des prix abordables pour le milieu de la semaine suivante, puis plus rien avant 15 jours, ou plus rien à des prix raisonnables (au sens d’une famille de quatre en fin de budget 😉 Ayant fait le tour des paysages de cette partie de la Baltique, nous n’avons pas forcément envie de prolonger l’aventure de quinze jours vers le sud, et décidons d’essayer de viser le créneau de la semaine suivante. Parents et enfants seront ravis de rentrer avec quelques jours d’avance sur le programme initial pour profiter de la famille et des amis avant la rentrée. Le créneau est cependant court car les places disponibles sur le ferry sont pour la nuit du mercredi 28 au jeudi 29. Nous devons avant cela rallier Västervik, démâter et gruter le bateau avant une journée de route pour gagner la côte sud de la Suède.   
Une fois la décision prise avec l’avis des enfants, nous finissons la journée à la baille, « au cul du bateau », non sans avoir préalablement réparer l’enrouleur de génois. La plage s’est vidée de ses occupants venus en inter-îles passés la journée. Le site retrouve son calme en soirée et nous offre un beau couché de soleil pour cette désormais dernière étape de notre voyage. Demain, nous serons de retour à Västervik.

Vendredi 23 juillet – Hasselö Sand // Västervik
Västervik n’est plus très loin, et nous devons idéalement rallier la marina avant le départ en vacances du capitaine du port Andreas, avec lequel nous devons nous organiser pour le grutage du bateau. Les enfants profitent de la plage avant notre départ. Les quelques nuages dans le ciel ce matin n’ont pas contribué à attirer du monde, et les enfants profitent seuls d’une animation type « fouille archéologique » en libre accès sur la plage. Ils sont comme des dingues à s’afférer autour d’un squelette de dinosaure qui apparait au fur et à mesure de l’avancée de leur travail ! Ils repartent de la plage ravis et remontent sur le bateau les pieds plein de sable, mais le sourire jusqu’aux oreilles.
Une fois le ponton quitté, nous savourons, à la voile, même à 2 kt, ces derniers moments de navigation en Baltique. Puis en sortant du petit fjörd, nous prenons le vent de nord-est et allongeons la foulée jusqu’à l’entrée du fjörd de Västervik. Dans cette dernière partie exposée à la houle du large, la mer est bien formée et assez désorganisée. C’est dans ces conditions, au largue, que l’on s’amuse le moins à la barre. Est-ce un effet secondaire du bi-quille, mais, chaque vague prise par l’arrière à cette allure, nous donne l’impression que le bateau va se coucher sur un bord. Nous essayons de corriger minutieusement les mouvements du bateau en veillant à ne pas amplifier cette sensation par de grands coups de barre. Le bateau avance bien malgré tout et nous finissons par gagner l’abri du fjörd en mode « concentrés ». La mer se calme et les enfants nous rejoignent sur le pont, puis prennent avec nous les commandes du bateau pour cette remontée de 5 MN.  Nous passons l’étroiture et ses petites tours de balisage à la voile et sommes en vue de la Marina. Comme un symbole, juste avant d’affaler les voiles face à l’entrée du port, Claire échappe un pare-batte à la mer. Une petite manœuvre type « homme à la mer » plus tard, le pare-batte à regagner le bord, la grand-voile est ferlée, et nous gagnons l’une des dernières places disponibles sur un ponton avec bouée arrière. Il fait maintenant grand soleil, et la marina est pleine à craquer. Un vrai changement par rapport à notre départ sous des trombes d’eau à la fin du mois de mai, où nous avions la chance de pouvoir squatter le quai d’honneur face à la capitainerie avec quelques rares bateaux !

Les trois jours suivants sont consacrés au rangement puis au démâtage du bateau avant de pouvoir le gruter et prendre la route.  Nous venons également de récupérer notre voiture et notre remorque garées dans un grand hangar par l’équipe du port. Au téléphone, ma Maman m’a demandé si l’on devait à nouveau décrocher le moteur du bateau pour le transport. J’ai répondu que oui. Elle m’a demandé de ne pas me faire mal. J’ai promis que j’allais essayer 😉

On vous raconte notre voyage retour d’ici quelques jours dans de nouvelles pages de ce carnet de bord et un nouvel épisode de Radio Boubou.

D’ici là, amitiés à tous et encore merci pour vos messages qui nous accompagnent dans cette petite aventure à la voile qu’il reste encore à (bien) terminer ! 

Claire & Alex

PS : La galerie photos complète est à découvrir ici !

Nord de l’archipel de Stockholm – Du 25 juin au 5 juillet

Le bateau

Du 25 juin au 1er juillet – Vaxholm
Commençons par ce qui fâche : on a pris une grosse déculottée en finale de Top 14 de rugby… Malgré une très belle saison, la tête et les jambes des joueurs du Stade Rochelais sont visiblement restées au vestiaire du Stade de France, en cette soirée du 25 juin. Pendant ce temps-là au nord de l’Europe, se déroulait la fête de Midsommar, le jour le plus long de l’année. Un week-end prolongé d’agapes familiales dans tous les pays nordiques. Malgré l’annulation des festivités publiques pour cause de COVID, les suédois sortent sur leur 31 par ce bel après-midi estival. Des couronnes de fleurs garnissent de nombreuses têtes, des branches d’arbres aux feuilles bien vertes sont accrochées un peu partout dans la ville, et le grand pavois est de sortie sur de nombreux bateaux. Je finis par céder aux croyances et coutumes locales, et profite d’un petit jogging pour ramasser un rameau fleuri que j’attache sur le bout de la delphinière d’Amor Fati. Il paraît que ça porte bonheur, ça pourrait nous être utile 😉 Nous n’assisteront malheureusement pas aux danses et chants traditionnels qui se jouent d’habitude autour de grands feux sur les places, mais nous profiterons dans le port du bain très matinal de quelques fêtards résolus à participer jusqu’au bout à cette nuit blanche. 

Le week-end s’écoule tranquillement à bord. Nous profitons de cette escale forcée dans l’attente de la réception du nouveau moteur pour quelques travaux de nettoyage et d’entretien à bord. Nous en profitons également pour apprendre aux enfants à jouer aux cartes. Blanche est étonnante dans l’exercice du haut de ses quatre ans. Un petit tour de bac le dimanche midi nous permet de rejoindre la forteresse de Vaxholm. Elle est située sur une petite île au milieu d’un chenal, sur l’une des deux seules voies d’accès à Stockholm par la mer. C’est donc tout naturellement qu’elle a servi de place forte d’artillerie, de la fin du moyen-âge, jusqu’à la guerre froide. Elle abrite aujourd’hui un musée, un hôtel, une galerie d’art et un restaurant. Ce dernier est fermé pendant le week-end de Midsommar, et puisque d’après le célèbre proverbe tibéto-pictave : « quand le ventre a faim, l’esprit vagabonde », c’est d’humeur massacrante pour cause de disette forcée que j’encourage toute notre fine équipe à quitter l’île pour chercher pitance dans les meilleurs délais. Après un bon repas, mon humeur s’est éclaircie ; à l’inverse du ciel. Un énorme orage vient frapper Vaxholm en milieu d’après-midi. Nous sommes en terrasse sous un grand store qui nous abrite, regardant les passants courir sous les trombes d’eau. Après quelques minutes, sous l’effet du vent, la sécurité du store s’active, et celui-ci se met à s’enrouler doucement. Inexorablement, il livre alors chaque table et ses occupants aux caprices du ciel. Panique en terrasse, tout le monde aux abris ! En 3 secondes la tasse de café de Claire est à nouveau pleine d’un jus brunâtre. Il ne reste plus que deux mètres de store. Nous aidons comme nous pouvons une table occupée par plusieurs personnes en fauteuil roulant, visiblement résignées à finir submergées… Impossible de les abriter, la porte du restaurant est trop étroite. Un employé attiré par les cris de la patronne fini par trouver la commande d’arrêt d’urgence du store, et le drôle de supplice s’arrête. Une scène digne d’Indiana Jones ! Nous sommes hilares jusqu’à ce que nous nous rappelions que les hublots du bateau sont bien évidemment restés ouverts… Nous regagnons le bord sous des trombes d’eau et au pas de course ! Le vent s’est levé brutalement et de nombreux bateaux viennent se mettre à l’abri dans le port. Nous les aidons comme nous pouvons dans leurs manœuvres rendues difficiles par le coup de vent et je manque une nouvelle fois de passer à l’eau avec une Suédoise. Celle-ci tente coûte que coûte de retenir l’avant de son bateau depuis le ponton, pendant que je la retiens par la taille pour qu’elle ne parte pas avec le bateau… Il a tellement plu que deux équipiers sur différents bateaux arrivent avec le gilet autogonflant déclenché.Une fois séchés, c’est dans une atmosphère brumeuse mais à nouveau ensoleillée, qu’en fin d’après-midi nous gagnons l’échiquier géant de la petite place. Séance initiation au déplacement des pièces et première partie d’échecs pour Ti’Paul sous les regards intéressés de sa sœur qui, sans un bruit, n’en perd pas une miette.

Le lundi nous partons pour une randonnée de 8 kilomètres sur la côte sud de l’île. La ballade est assez sauvage et nous gagnons une grande plage aménagée avec ponton et plongeoir sur la pointe ouest. Les enfants se régalent de pouvoir profiter des joies de la plage en sable et marchent sans broncher au retour. Blanche est en mode « border-collie » et fait des allers retours en courant entre nous tout le retour. 

Je profite également de ces jours de pause pour finir mon chantier de lecture en cours : Dune de Frank Herbert. Outre quelques images du film (qui a d’ailleurs traumatisé ma sœur au cinéma dans son enfance), je ne me suis encore jamais penché sur cette saga. Une très belle découverte dans l’attente de lire les tomes suivants à notre retour. Pendant ce voyage, je me suis promis de lire les classiques de science-fiction qui manquent à mon actif. C’est ainsi que dans ma bibliothèque de bord j’ai également embarqué le Tome 1 du Cycle des Robots, un classique de la SF des années 40. Je le garde pour la fin. Pendant ce temps-là, Claire s’est enfin convertie à Alain Damasio. Après La Horde du Contre-Vent, elle enchaîne avec Les Furtifs, et ne lâche plus sa liseuse en soirée.

Le mardi nous recevons la confirmation de la réception du moteur par le chantier. Rendez-vous est pris pour un montage le jeudi 1er juillet. Après quelques courses, menus chantiers à bord et lessives, nous partons nous baigner sur un petit ponton face à une galerie d’art. Si j’avais de l’argent et un plus grand bateau, je crois que je me lancerai dans le trafic d’art 😉

Dans la journée, le port s’est rempli de bateaux battant pavillon allemand, attirés par le match de la Mannschaft à l’Euro de football. Alors que nous partons pour le bar des sports pour voir le match avec Blanche, Claire reste au bateau avec Paul qui ne se sent pas très bien. Nous nous rejoignons 1h plus tard à bord. Paul a vomi dans le bateau pendant que Blanche vomissait sur la terrasse du bar. Sans un pleur, bien gentiment, les enfants vont se relayer pour vomir jusqu’en milieu de nuit, veillés par Claire qui somnole dans le carré entre deux interventions. Nous soupçonnons une intoxication alimentaire à base de yaourt. Bien que la glacière fonctionne très bien, le yaourt y a visiblement moyennement apprécié son séjour prolongé.

Au matin les enfants sont livides mais ne vomissent plus. Nous restons donc tranquillement à bord pour un repos collectif à base de lectures et de quelques jeux. Dans l’après-midi nous faisons quelques courses avant le départ et commençons à envisager quelques hypothèses pour la suite du programme de navigation. Après une dernière petite partie d’échecs en soirée, une sorte de lougre d’une vingtaine de mètres, le Constantia, vient s’amarrer sur le ponton extérieur du port. Les enfants sont ravis de pouvoir venir observer de près ce navire construit en 1908. S’il n’avait pas embarqué un poteau de signalétique du port avec son mât de beaupré pendant la manœuvre, nous aurions été invités à bord pour le visiter en famille, mais les réparations s’attardent et il est l’heure pour les enfants de gagner leurs couchettes. 

1er juillet
Départ à 8h de la marina pour contourner l’île et rejoindre Gustaf, le patron du chantier V-holm Martina AB qui va nous remplacer notre moteur. Nous nous séparons de l’ancien sans regret après 10 nouvelles minutes de ratés et de calages ce matin avant de pouvoir quitter le port. En fin de matinée, le nouveau moteur arrive suspendu à l’engin de levage du chantier, et vient se caler sur la chaise arrière avec l’aide de Claire qui, bizarrement, tient absolument à ce que je reste éloigné de la manœuvre… 
Ce nouveau moteur est identique au précédent en puissance (9.9 CV), et dispose d’une hélice forte poussée qui devrait rendre le bateau plus réactif sur les manœuvres à faible vitesse. En revanche, pour le kit de commandes à distances, nous devrons patienter jusqu’à notre retour en France et sa disponibilité. Heureusement, le passage marche avant/marche arrière se fait directement sur la barre franche du hors-bord, m’évitant ainsi de devoir me pencher complétement en arrière pour actionner le levier d’embrayage situé habituellement sur le côté du moteur. A midi, l’affaire est bouclée ! Nous avons un nouveau moteur, mais le vent s’est levé et souffle maintenant du nord-est entre 15 et 25 kts à l’abri, sur le ponton de service. Nous décidons donc de patienter pour espérer partir en début de soirée vers le nord de l’archipel, via le chenal de Norrtäljeviken que nous n’avons pas encore emprunté.

2 juillet – Vaxholm // Fejan
Réveil matinal sur Amor Fati. La veille au soir le vent ne s’est pas calmé. Avec l’accord de Gustaf, le patron du chantier, nous avons donc passé la nuit sur le ponton de service et sommes partis avec le lever du soleil, à 4h30 du matin. Le vent n’est toujours pas dans le bon sens, mais au moins nous sommes seuls sur l’eau. Il fait grand beau et les enfants dorment. Une longue journée nous attend. Ce long chenal étroit est assez monotone, mais je suis ravi de pouvoir à nouveau naviguer. Avant le voyage j’avais longtemps imaginé pouvoir profiter de ces longues nuits ensoleillées pour naviguer tranquillement : c’est chose faite ! A partir de 6h du matin, la monotonie du parcours et des conditions est vite brisée par les premiers allers et venues d’immenses paquebots et ferries qui rallient la capitale suédoise par ce canal. Obligation est faite de leur faire place tant il est difficile de manœuvrer dans ces étroits passages. A 10h, alors que les enfants sont éveillés depuis quelques minutes et jouent tranquillement dans le bateau, nous faisons escale à une pompe à essence flottante à Furusund. Le port semble mignon, mais le passage incessant des paquebots dans cette étroiture nous dissuade vite d’y passer la journée.  A partir de ce point, l’archipel s’ouvre et les voies de navigation s’élargissent. Nous passons à la voile, au près sous 10 à 15kt de vent de nord-est pour rallier l’île et le petit port de Fejan. Nous y arrivons en début d’après-midi après un peu plus de 35 MN parcourus. Cette île est située sur la frange extérieure de l’archipel de Stockholm. L’une des dernières îles avant la traversée vers l’archipel des Åland. Par cette position stratégique et son isolement, au XIXème siècle, l’île est devenue une étape de quarantaine obligatoire pour tous les navires souhaitant entrer dans l’archipel de Stockholm. C’est ainsi que jusqu’à 200 bateaux y jetaient l’ancre pour une dizaine de jours d’escale forcée pour prévenir tout risque de propagation de maladies comme le choléra. De cette période, reste quelques maisons anciennes et un hôpital en brique. L’ensemble forme un décor assez déroutant mais très sympa, tourné vers le petit port qui abrite un restaurant réputé de cette partie de l’archipel. Puisque nous sommes amarrés à quelques mètres, nous décidons d’y diner et passons une très agréable soirée. Le patron finira assis à notre table pour discuter de nos aventures, et notamment de la perte de mon bout doigt qui semble beaucoup l’intriguer. 

Samedi 3 juillet – Fejan // Gräddö
L’étape du jour est courte. Nous décidons donc de prendre notre temps. Direction le sauna et son ponton pour une petite baignade matinale, puis retour à bord. Claire prend la barre et nous conduit en deux heures au petit port de Gräddö par un long bord vent arrière plein ouest. Nous finissons par trouver une jolie petite plage de sable que les enfants vont squatter l’après-midi. Fait notable du jour, puisque la cicatrisation de mon doigt avance bien, mon infirmière personnelle m’a enfin autorisé à me baigner quelques minutes. Je fais donc comme les enfants, et m’autorise enfin mes premières brassées de crawl « volontaires » du voyage !

Dimanche 4 juillet – Gräddö // Arholma
Nous quittons notre place en milieu de matinée et faisons route au nord-est. Une fois de plus, le vent ne nous est pas favorable… La dominante de vent en cette saison, selon les guides et les locaux, est plutôt orientée ouest ou sud (ce qui annonce alors un petit coup de vent la plupart du temps). Depuis 15 jours, il souffle est/nord-est… C’est donc au près et par des bords pas franchement très efficaces dans le Lidö-fjärden que nous arrivons finalement à gagner le chenal nord qui conduit à l’île d’Arholma. Le vent est calme et souffle enfin légèrement du travers. Les enfants sont motivés sur le pont et nous leur confions la barre et l’écoute. Charge à eux de nous conduire à bon port. Après une petite dizaine de miles, nous arrivons sur une petite jetée isolée au nord-est d’Arholma. Cette île magnifique est la plus septentrionale de l’archipel de Stockholm. L’archipel des Åland (territoire quasi autonome rattaché à la Finlande) est situé juste en face, à l’est, à 20 miles au large. Nous abordons la jetée en mouillage arrière par une belle approche en faisant attention à ne pas jeter notre ligne de mouillage sur celle des voisins. Si le coin est sauvage, dans un environnement géré par la Fondation de l’Archipel, il n’en est pas moins réputé. En soirée, deux énormes voiliers, un Bavaria 37 et un Sun Odyssey 39 viennent se mettre à couple de notre Maxus 24 qui paraît alors bien ridicule à côté de ces mastodontes. La discussion s’engage avec nos voisins qui n’ont visiblement encore jamais vu d’équipage comme le nôtre se lancer dans un voyage de plusieurs mois à bord d’un si petit bateau. Je ne sais pas si c’est mon doigt, notre douche familiale à l’eau de mer le soir sur le pont, ou notre repas à base de purée mousseline, mais nous nous sommes visiblement attirés leur sympathie, mêlée surement d’un peu de pitié 😉 Ils nous offrent en soirée du pain encore chaud, sorti tout juste d’une machine à pain installée à bord du Bavaria. Après mille remerciements nous finissons, en aparté, par nous demander comment une machine à pain peut fonctionner sans branchement au 220 volts, puis nous essayons de nous projeter sur la suite du voyage. 

Les enfants ont de plus en plus envi de profiter des étapes, de la baignade, et des jeux dans les cailloux et la forêt. Depuis longtemps nous avons fait une croix sur notre parcours prévu initialement. Celui-ci se basait sur des parcours glanés sur Internet, réalisés par des équipages sans enfants, et la plupart du temps sur des vrais bateaux de voyage. Nous avions sous-estimé ces paramètres et pas franchement imaginés les galères rencontrées depuis notre arrivée en Suède. Plutôt que de nous escrimer à vouloir à tout prix rallier l’archipel des Åland pour en faire le tour, nous décidons que l’île d’Arholma sera le point le plus au nord de notre voyage. D’autant plus que la météo des 15 prochains jours n’arrête pas de changer et que nous devons être rentrés en France vers le 20 août. En effet, nous voulons avoir le temps de ranger le bateau et reposer les enfants et les parents avant la rentrée de septembre. Nous devons également récupérer notre chien Jazz, qui passe ses vacances dans la pension Atout Chien à côté de La Rochelle. Nous en profitons ici pour les remercier, car Jazz semble vraiment s’y plaire avec ses potes à poils, et nous recevons régulièrement des photos qui amusent beaucoup les enfants. Leur chien ne leur manque pas autant que leurs mamies ou leurs copains, mais quand-même 😉

Lundi 5 juillet – Journée à terre à Arholma
Cette île nous plaît beaucoup. Nous décidons donc de profiter des lieux un jour de plus avant d’entamer notre redescente vers le sud, en passant par l’extérieur de l’archipel, sa frange est, que nous n’avons pas encore parcourus. Il nous reste encore beaucoup d’îles dites incontournables que nous souhaitons visiter. Je profite enfin des joies de pouvoir plonger dès le réveil dans la Baltique depuis l’arrière du bateau. Blanche n’est jamais très loin et me rejoint à chaque fois. A force de lire Copains des Mers avec son frère et de se baigner au milieu des petits poissons qu’elle observe avec ses lunettes de plongée, elle rêve maintenant de devenir plongeuse à bord de la frégate qu’a projeté de construire Paul. Nous passons ensuite l’après-midi à explorer la pointe nord de l’île et sa batterie d’artillerie, et observons au loin la côte ouest des Åland. Nous finissons la soirée sur une magnifique terrasse d’un petit restaurant qui domine la mer, avant de rejoindre le bord pour préparer la navigation de demain. Nous partirons vers 6h du matin pour l’île de Möja, située un peu plus de 25 miles au sud.

Merci encore pour vos différents messages et commentaires que nous découvrons avec plaisir même si nous ne prenons malheureusement pas le temps de vous répondre. Nouvelles excuses pour le retard dans la production du prochain épisode de Radio Boubou qui devra attendre que nous ayons accès à du 220 volts pour recharger l’ordinateur. D’ici là, salutations, et bonnes vacances scolaires à tous ! 

Archipelement,

Claire & Alex

Archipel de Stockholm – Du 19 au 24 juin

Le bateau

19 juin – Stockholm // Vaxholm
Notre escale à Stockholm prend fin. Nous quittons le ponton avant 9 heures pour éviter la cohue. Le plan d’eau est pour le moment calme. Les différentes lignes de bateaux bus ne fonctionnent pas encore à plein régime, et le trafic habituel des bateaux moteurs est encore balbutiant. Nous partons cap est / nord-est par le grand chenal qui, à cet endroit, canalise l’ensemble des voies d’accès à Stockholm. Le trafic se densifie donc et se côtoient tous les types d’embarcation, du jetski au paquebot. Nous sommes d’ailleurs rapidement rattrapés par une sorte de course ou un rallye d’une centaine de jetskis. On se croirait en plein film Waterworld avec une bande de furieux « Smokers » filant droit sur notre frêle et lent voilier. Claire me fait cependant remarquer que je n’ai pas vraiment le profil de Kevin Costner… Pour l’instant ça nous fait encore marrer… Nous sommes en route vers la station balnéaire de Vaxholm. Plus la matinée avance, plus le nombre de bateaux sur l’eau grandi. Ils sont de plus en plus gros, nous passent de plus en plus près, et nous ne sommes pas loin de croire qu’ils vont également de plus en plus vite ! Si la plupart sont plutôt sympas, certains passent suffisamment près pour que nous remarquions quelques gloussements sur des bateaux moteur qui s’amusent de voir notre petit bateau se faire brasser par les vagues qu’ils provoquent.

A l’approche de Vaxholm, dans le chenal d’accès au bassin de l’avant-port, c’est la foire d’empoigne. Le plan d’eau s’est transformé en un énorme bouillon de vagues désordonnées. On ne tient pas debout sur le pont et je dois sortir le moteur de l’eau à deux reprises pour qu’il ne soit pas submergé par l’arrière. Les bateaux de transport de passagers inter-îles ne s’embarrassent pas du trafic, les deux bacs de Vaxholm encore moins. Charge à tous les autres de ne pas se trouver sur leur route. Nous rallions finalement le port où nous trouvons un catway de disponible malgré le nombre de petits bateaux moteur, venus se restaurer ou avitailler. Bilan de la matinée, les grands chenaux de navigation de l’archipel de Stockholm, c’est comme le pont de l’Ile de Ré : les week-ends de départ en vacances, mieux vaut l’éviter. 

La station de Vaxholm est mignonne avec ses maisons de bois colorées et son château situé sur une petite île à portée de barque. La chaleur est maintenant bien installée sur la région, et nous décidons d’aller nous baigner en famille. Là encore, nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée, et « la plage » de vingt mètres de large a une capacité d’accueil limitée. Nous trouvons une place à l’ombre un peu à l’écart, et profitons de la baignade dans une eau à 18°C. Les enfants s’éclatent, et j’arrive à me baigner un peu en gardant la main gauche hors de l’eau. Impossible de sortir Blanche de l’eau. Elle s’amuse de ma main gantée qui reste à la surface et qu’elle prend pour un aileron de requin.

En soirée, nous finissons par coincer Ti’Paul pour un élagage de la tignasse auquel il se refuse depuis plusieurs jours. Claire se transforme en coiffeuse. Elle est décidément trop forte cette Clairette !

20 juin – Vaxholm // Ingmarsö Bockviken
Ce matin encore, départ un peu avant 9 heures pour éviter le trafic. Le plan d’eau est enfin calme et nous profitons à nouveau de la navigation. Nous avons décidé de passer par les chemins de traverse pour faire route nord-est vers l’archipel des Äland en Finlande. Nous quittons donc rapidement le grand chenal nord pour essayer de gagner le centre de l’archipel.
Nous mettons en route le moteur pour passer plusieurs passages étroits et peu profonds, et notamment le chenal entre les îles de Storängen et Örsö où le vent souffle pleine face. A la sortie de ce passage, Claire et moi nous figeons sur un saut de puissance du moteur :

–       « T’as touché les gazs ?
–       Non, et toi ?
–       Non plus…
–       Merde… »

Nouveau raté. Je vérifie l’arrivée et le niveau d’essence et remets deux coups de pression sur la poire de la nourrice au cas où. Le moteur fonctionne maintenant bizarrement à moyen régime, et plus du tout au ralenti ou marche lente… Nous arrivons dans une zone plus large entre les îles de Edö et Svartsö, et passons à la voile. Nous nous livrons alors à un bel exercice de remontée au près dans 10 à 15 kt de vent, en slalomant entre « les tires-annexes ». C’est le surnom que je donne maintenant aux voiliers suédois qui ne se donnent jamais la peine de ranger leur annexe et la tirent ainsi inexorablement pendant des miles et des miles, 2 mètres derrière leur poupe, la plupart du temps au moteur. Soit c’est nous qui sommes trop bêtes de la gonfler/dégonfler tous les deux jours, soit c’est eux qui sont trop faignants 😉 Dans tous les cas nous nous régalons dans cet exercice de près, et, une belle trace GPS plus tard, nous arrivons à destination : un mouillage dans une petite baie fermée par une passe de 4 mètres de large sur 40 mètres de long. Le fond n’y cale pas à plus de 2 mètres. Le moteur ne fonctionne pas au ralenti, et nous nous engageons donc dans cette passe en alternant marche avant et marche arrière, pour maintenir une vitesse de quelques nœuds, le tout en essayant de respecter scrupuleusement les petits signaux d’alignement bricolés à terre. 

Nous finissons l’approche par l’avant, avec mouillage arrière sur notre erre. Le moteur a encore calé, et je n’ai pas assez de bras pour tenir la barre, freiner le bateau sur la ligne de mouillage arrière, et tenter de le redémarrer. L’expérience aidant, Claire pose le pied à terre tranquillement par la delphinière et amarre rapidement le bateau. 

Ce moteur nous gâche encore la vie, et pendant que les enfants profitent du cadre magnifique et de la baignade sur des grandes dalles de rocher, nous passons des coups de fil aux amis pour essayer de comprendre le problème. Le niveau d’huile a visiblement augmenté, et l’huile a une forte odeur d’essence ?! Je change de nourrice et vérifie le circuit d’arrivée d’essence comme je peux, puis nous tentons une nouvelle vidange d’huile. Une heure plus tard nous rallumons le moteur. Idem ! Après trente minutes passées en essayant de le tenir en route, l’huile sent à nouveau l’essence. Le moteur a de gros sauts de puissance à tous les régimes et cale systématiquement au ralenti dans d’inquiétantes vibrations erratiques. Je n’y comprends rien. Certains diront :  » l’aventure commence, là ou la compétence s’arrête ! », mais je ne suis pour le moment pas d’humeur aux dictons à la con !
En soirée, Claire et moi sommes dépités et décidons de noyer ces ennuis en musique, au soleil, et avec une bouteille de rosé. Le rhum et la Chartreuse attendront que les enfants soient couchés. 

21 juin – Ingmarsö Bockviken
Nous sommes donc coincés ici pour le moment, et devons trouver une solution d’accueil pour à nouveau faire réparer notre moteur. Les enfants sont encore petits et, même si Paul s’inquiète parfois de la situation, la baignade et leur capacité à très bien jouer ensemble nous permettent de nous concentrer sur la recherche de solutions. A 16 heures, malgré des dizaines de coups de fil, nous n’avons aucune piste sérieuse pour un réparateur capable de nous accueillir dans un périmètre d’une dizaine de miles. Nous sommes la semaine de Midsommar (grande fête populaire et familiale dans l’ensemble des pays nordiques pour fêter le jour le plus long de l’année), et personne n’est disponible.

Un peu comme une bouteille à la mer, nous rédigeons un mail pour expliquer notre situation et l’envoyons à différents chantiers de l’archipel un peu plus éloignés, ainsi qu’à un service de dépannage visiblement très populaire chez les plaisanciers suédois. Ce dernier est prêt à nous aider à trouver un chantier et à le rallier, à la seule condition que nous soyons assurés pour ce type de désagrément. Nous mettons donc notre service d’assistance en relation avec eux, les rassurons sur le fait que nous sommes bien amarrés, en sécurité, et avec des provisions d’eau et de nourriture pour quelques jours, et attendons la suite. Claire et moi nous détendons un petit peu et nous profitons enfin du site magnifique dans lequel nous sommes. Ce calme est bien agréable après les escales urbaines de ces derniers jours. Nous débutons notre « robinsonnade » familiale par un grand feu sur un bivouac aménagé par la fondation de l’archipel, gestionnaire de la réserve naturelle dans laquelle nous sommes. En début de soirée des saucisses grillent au bout de nos piques, et nous les dégustons bien tranquillement, perchés sur notre grosse carapace de tortue en granit qui surplombe le mouillage. Seul inconvénient du lieu, il est également fréquenté par d’énormes moustiques. Ceux-là ne piquent pas, non, ils t’arrachent des morceaux de viande. S’ils restent dans les sous-bois en journée, ils se ruent sur les berges chaque soir à partir de 19 heures.

C’est donc sous la grande moustiquaire de cockpit (une des bonnes idées que nous avons eu avant notre départ) que toute la famille se met à poil pour une bonne douche à l’eau de mer, avant de nous plonger en famille dans la lecture de « Pavillon Noir », une série de romans pour enfants dont nous venons d’attaquer la lecture.

22 juin – Ingmarsö Bockviken // Vaxholm
C’est aujourd’hui que nous aurions peut-être dû traverser vers la Finlande. Les conditions de vent semblent parfaites… Une fois cette pensée chassée, nous commençons la journée par, ce que nous appelons depuis nos années en collocation, un bon « petit déjeuner Ricoré ». Pour les connaisseurs, c’est à peu près comme dans la pub Ricoré des années 90 : un gros petit déj en famille ou entre amis, dehors et au soleil si possible, et toujours de bonne humeur ! Les enfants sont ensuite rapidement à l’eau et Claire lance une lessive à l’eau de la mer et du pain maison à la poêle (nous n’avons pas de four sur Amor Fati). En début d’après-midi, nous recevons un coup de fil d’un chantier puis celui du service de dépannage. Le revendeur Mercury de Vaxholm accepte de nous accueillir et d’essayer de réparer sous une semaine le moteur. Le moteur fonctionnant très mal, et étant donné les symptômes évoqués, on nous conseille de ne pas nous en servir et l’on nous propose de nous remorquer. Même si je ne suis pas du tout enchanté par l’idée de devoir être assisté, je me rends vite compte qu’un convoyage uniquement à la voile jusqu’à Vaxholm (route que nous avons empruntée il y a deux jours) semble compliqué étant donné les nombreux chenaux et passages étroits et le trafic. C’est donc bien assis sur mon inconfortable orgueil que nous sommes pris en remorque vers 18 heures par un très sympathique suédois et son bateau de dépannage. Nous parcourons les 18 miles et arrivons vers 21 heures sur la rive nord de Vaxholm, dans la zone industrielle où le ponton de service et le patron du chantier nous attendent. Ce convoyage retour nous conforte finalement dans le choix du remorquage car, sans moteur, nous aurions eu tout loisir de finir coincés au milieu d’un chenal ou contre un des très nombreux navires naviguant sur la zone. Un équipage, peut-être plus expérimenté ou moins éprouvé par les quelques galères que nous avons traversées, l’eût fait ; nous avons cette fois privilégier la prudence et suivi les conseils des locaux. 

23 & 24 juin – Vaxholm
Réveil matinal et pluvieux dans cette zone industrielle de la rive nord de Vaxholm, bien moins sexy que sa voisine du sud, où se situe le port d’invités dans lequel nous étions il y a quelques jours. Conforme à ses engagements, le patron du chantier, un dénommé Gustav, commence sa journée avec notre moteur. Après quelques vérifications d’usage et un nettoyage complet du circuit d’alimentation d’essence, nous lançons un nouveau test de fonctionnement. Le moteur semble tourner correctement, mais après presque 2 heures, il présente de nouveaux sauts de puissance et s’étouffe dans ses vibrations au ralenti. L’huile sent toujours l’essence et semble maintenant fuir de quelque part… Notre mécanicien est septique et après quelques instants de réflexion nous fait le topo suivant : 

– Le moteur semble avoir presque mille heures (même si nous lui faisons par de nos doutes quant au bon fonctionnement de l’horamètre), et il le trouve globalement un peu fatigué.
– Les causes du problème peuvent être nombreuses, et la recherche d’une solution pérenne pourrait prendre du temps et être coûteuse.
– Nous n’avons aucune garantie de sa part que nous n’aurons pas le même problème, ou un nouveau, d’ici quelques heures ou quelques jours.
– Sauf à attendre Noël, il n’est absolument pas sûre d’avoir un moteur neuf équivalent à nous vendre car il semblerait qu’il y ait une pénurie de moteurs au niveau international…  De son côté, il n’a aucun stock sur cette puissance de motorisation, peu répandue et bien ridicule pour un Suédois.   

Après quelques coups de fil de Gustav, et notamment à la plateforme européenne Mercury (la marque de notre moteur et la plus populaire en Suède) qui se trouve en Belgique, deux moteurs équivalents sont disponibles mais sans le kit de commandes à distances dont les seuls disponibles pour le moment sont aux États-Unis… Après conseils auprès d’un mécanicien Mercury basé à La Rochelle, nous acceptons la proposition et signons pour un nouveau moteur qui devrait être livré au chantier de Vaxholm sous une semaine. Pas question en revanche de squatter le ponton de service du chantier pendant ce temps-là. Puisqu’il n’y a qu’un mile à parcourir, sans grosses difficultés, nous décidons donc en fin d’après-midi de rallier l’autre côté de l’île et la marina de Vaxholm. Le moteur toussote mais fonctionne à régime moyen en jouant des commandes régulièrement. Nous rejoignons la marina et découvrons un nouveau système d’amarrage sur le ponton central. Il n’y a pas de catway. L’approche se fait par l’avant ou par l’arrière, perpendiculairement au quai. Une fois le pied à terre, il faut se saisir d’un bout accroché au quai et qui plonge dans l’eau.  En remontant le bout le long du bateau, on finit par le tendre puisque son autre extrémité est fixée à un poids sous l’eau. Les bateaux sont ainsi plus ou moins à couple, perpendiculairement au ponton. Nous sommes très sympathiquement accueillis par les jeunes saisonniers qui travaillent au port d’invités l’été. Notre périple les amuse et puisque nous sommes ici dans l’attente du nouveau moteur, nous bénéficions d’un tarif spécial « galerians pandemic travellers » 😉

C’est donc à Vaxholm que nous passerons la fête de Midsommar -dont les célébrations publiques ont été annulées avec le COVID- et que nous allons assister ce soir à la finale de TOP 14 entre le Stade Rochelais et le Stade Toulousain ! Le pavillon du Stade Rochelais est hissé depuis ce matin dans les haubans car : « ICI, AUSSI, C’EST LA ROCHELLE !!! ».

Claire & Alex

Pour découvrir toute la galerie photos, c’est ici !

PS : Toutes nos excuses aux fans de Radio Boubou pour la non diffusion de l’épisode 7 cette semaine. Ces nouvelles galères de moteur, et l’absence de 220 volts pendant quelques jours nous ont empêché de le produire… Promis, nous sortirons cet épisode dimanche ou lundi !

Paul & Blanche

Stockholm – Du 11 au 18 juin

Le bateau

Amis lecteurs monophasés sur les histoires de mer, ou allergiques aux musées, passez votre chemin… Les nouvelles de cette semaine écoulée à Stockholm ne pourront que vous décevoir. Pour les autres, j’espère qu’elles vous donneront envie de venir trainer vos baskets dans cette capitale suédoise qui mérite le coup d’oeil. Et puisque ce n’est pas tous les jours qu’on peut s’offrir un appartement en plein centre ville (sur l’île de Djurgården en l’occurence) nous avons décidé d’en profiter, et de laisser Amor Fati en mode « maison flottante » pour cette pause urbaine de 8 jours.

Vendredi 11 juin
La météo est belle pour ce premier jour à Stockholm. Ce ne sera pas le cas du week-end qui s’annonce pluvieux. Nous décidons donc de commencer notre programme des visites par le parc de Skansen, « le plus vieux musée du monde » (dixit Le Routard), situé sur l’île où nous sommes amarrés. Ce parc ethnologique et zoologique retrace la culture, le patrimoine architectural et naturel de Suède. On y découvre toute la faune mythique des pays nordiques, et notamment des rennes et des élans, pour le bonheur des petits et des grands ! Ce vendredi 11 juin marque également le début des vacances d’été pour les suédois. La saison touristique commence officiellement !

Samedi 12 juin
Paul est presque toujours le premier levé à bord. C’est lui qui enlève et range les rideaux tous les matins, avant d’attaquer son premier dessin du jour ou de m’aider à préparer le petit déjeuner. Ce samedi matin, alors que le doux bruit de la pluie résonne sur le pont, Paul est debout à 7 heures avec un niveau d’excitation proche de celui d’un matin de Noël… Aujourd’hui nous visitons le Musée Vasa, un imposant bâtiment situé à seulement cent mètres de notre port. Il abrite l’épave renflouée du Vasa, un navire de guerre du début du XVII ème siècle initialement peint en rouge et doré, chichement décoré de nombreuses sculptures. Comme dirait mon ami HP à qui j’ai envoyé une photo pour l’occasion : « c’est bien réalisé, mais qu’est-ce que c’est moche ! » 🙂 Qu’on aime ou pas le style baroque, l’épave n’en reste pas moins impressionnante, et c’est les yeux grands ouverts que nous faisons le tour du navire, du fond de la coque au premier étage de la mâture, grâce aux nombreux niveaux en mezzanine du musée. Notre visite est originale, tout à fait en dehors du circuit de visite normal, selon une muséographie tout à fait non-officielle, improvisée par Claire qui prend les commandes de notre équipage. L’histoire de ce bateau est celle d’un immense fiasco ! Commandé directement par le roi Gustave II Adolphe, et prévu pour être le vaisseau amiral de sa flotte royale, il coule son premier jour de navigation, à moins d’un mile nautique du chantier naval, après seulement 20 minutes de navigation. Un petit coup de vent aurait fait rouler ce haut navire instable et mal conçu, et les eaux de la baltique se seraient engouffrées dans les sabords grands ouverts. Je me plais à imaginer les regards surement hallucinés du peuple de Stockholm venu admirer le puissant départ du royale et faste navire, et qui a finalement eu le droit a une grande farce ! La farce a quand même coûté la vie à une cinquantaine de marins… Les deux cents autres membres d’équipages ont réussi à rejoindre le rivage à la nage ou ont été secourus par des navires de pêcheurs. C’est malgré tout grâce à ce fiasco, et 333 années passées dans la vase, que cette épave surgie de l’histoire reste, à ce jour, l’unique témoignage authentique d’un navire de guerre du XVIIème siècle !

Dimanche 13 juin
La veille, après plus de quatre heures passées dans le musée du Vasa, nous avons eu le droit à un mouvement de révolte des enfants. A la sortie, estimant que la journée était encore loin d’être finie, ces chers petits voulaient absolument enchaîner sur la visite d’un autre musée. Enfant, je me souviens encore des mouvements d’humeur que provoquait la simple idée de visiter un musée, alors deux dans la même journée… Après d’âpres négociations amicales -nous évitons d’élever la voix contre les enfants en public car en Suède c’est très mal vu, et tout emportement peut valoir de sérieux problèmes avec les autorités locales- nous sommes tombés d’accord pour programmer la visite du Musée des Vikings le lendemain.
Le dimanche matin, nous sommes donc à l’ouverture de ce petit musée installé dans une halle assez moderne. La collection n’est pas dingue, mais la muséographie est bien pensée, et un guide audio en français permet aux enfants de se plonger dans cet univers : traditions guerrières, habitat et mode de vie, carte des conquêtes, croyances nordiques, tout y est ! De notre côté avec Claire, nous avons l’impression de replonger dans la série Vikings dont nous avons avalé l’intégral des 6 saisons les quelques mois avant notre voyage.

Lundi 14 juin
Le soleil et la chaleur sont de retour sur la capitale suédoise. Aujourd’hui nous enfilons nos baskets pour une longue ballade urbaine pour rallier l’île de Gamla Stan. Ce centre historique de Stockholm, aux petites rues pavées étroites et aux hautes maisons colorées, abrite notamment le Palais Royal. Nous découvrons à nos dépends que le lundi est le jour hebdomadaire de fermeture des musées publics (tous gratuits à Stockholm), et en lieu et place de la Grande Armurerie, nous visitons la seule partie du Palais ouverte : les appartements. C’est ici que sont organisées les rencontres avec les Chefs d’Etat et de gouvernements étrangers, ainsi que les grandes réceptions organisées par la famille royale. Parmi ces soirées, figure le traditionnel gala des Nobels qui clôture, chaque année, la cérémonie de remise des prix éponymes. Nous concluons cette visite en tombant par hasard sur « la relève de la garde » du Palais, puis nous nous engageons avec impatience dans les rues de Gamla Stan. Le quartier est très touristique, et il parait qu’il est normalement difficile d’y circuler en cette saison. Même si quelques touristes étrangers nous accompagnent, les rues commerçantes sont aujourd’hui calmes et nous nous retrouvons seuls dès que nous prenons un chemin de traverse. Nous finissons par rentrer au bateau en fin d’après midi, ravis de la découverte du vieux Stockholm. Si Paul commence tout juste à avoir mal aux pieds, Blanche est infatigable, et tous deux marchent vraiment super bien depuis le début de ce voyage.
Nous passons ensuite la soirée au bateau avec une famille d’amis français. Lorsque nous habitions dans la région grenobloise, j’ai eu, chez Petzl, le plaisir de travailler avec Alban. Il est depuis presque deux ans installé à Stockholm avec sa compagne Perrine et leurs enfants Martin et Emma. C’est donc avec grand plaisir que nous nous sommes retrouvés en ces terres suédoises pour un apéro dîner à bord. L’orage en soirée nous oblige à nous installer tout les huit dans le carré, et les enfants transforment rapidement le lit breton en salle de jeux.

Mardi 15 juin
Cap sur le Musée National d’Histoire pour un voyage temporel, de la préhistoire aux milieu du XXème siècle. Les pièces présentés et la scénographie sont très belles, et nous découvrons notamment toute une retrospective sur l’invasion de l’île de Gotland par les Danois en 1351, et le massacre de Visby. Nous sommes de plus en plus impatients de découvrir cette île suédoise du centre de la mer baltique que nous espérons avoir le temps de visiter avant de rentrer à Västervick puis en France. Seul élément qui nous laisse sur notre fin, le musée occulte presque complètement les deux grandes guerres mondiales (et la « neutralité » souvent coupable de la Suède) pour ne s’intéresser, sur cette période du XXème siècle, qu’au développement de l’art de vivre, de la modernité et du renouveau de la fierté nationale suédoise sur cette période…
Nous finissons la journée par les très belles halles d’Östermalm. L’architecture et les échoppes sont magnifiques, et chaque étalage nous ouvre un peu plus l’appétit. Après un regard sur notre bourse, nous nous reportons finalement sur le LIDL situé à 200 mètres pour nos courses 😉

Mercredi 16 juin
Nous profitons des lignes de bateau bus pour rejoindre l’île voisine de Skeppsholmen où se situe le Musée d’Art Moderne. Nous déambulons dans les grandes pièces de la collection du moment et découvrons, au milieu d’oeuvres majeurs de Picasso, Dalí ou Warhol, une très belle exposition de photos du reporter de guerre Robert Capa, ainsi que certains montages originaux qui plaisent beaucoup aux enfants.
Après consultation des sites internet des ambassades, et des informations contradictoires glanées sur Internet, un coup de fil dans l’après midi aux gardes frontières finlandais, nous apporte une bonne nouvelle. La Finlande reste (et restera semble t-il tout l’été) fermée à tous voyages non essentiels, exception faite des navires de plaisance dont les passagers n’ont à produire ni certificat de vaccination, ni test COVID… Pourquoi cette exception : nous l’ignorons ! Peut-être que le gouvernement finlandais n’est pas insensible aux plaisirs de la plaisance en baltique l’été ?! Nous pourrons donc continuer notre voyage vers l’archipel des Åland si nous le souhaitons.

Jeudi 17 juin
Nous consacrons cette journée à l’entretien du bateau et à l’infirmerie du bord. Si mon doigt cicatrise bien, un « bourgeon hypertrophique » squatte mon moignon et empêche la cicatrisation totale. Claire enfile sa blouse d’infirmière et passe quelques coups de fil à des collègues et amis médecins pour avis et prescriptions. Nous profitons de ces lignes pour tous les remercier chaleureusement pour leurs conseils et leur aide. Pendant ce temps là, j’emmène Paul & Blanche en bus jusqu’à un magasin d’équipements de bateau, et nous en profitons pour découvrir un énième parc verdoyant où nous nous initions au jeu de Floorball, une sorte de hockey sur gazon hyper sympa et accessible aux enfants. Promis, on ramène quelques cross et des balles en France pour initier les copains rochelais !
Depuis le début du voyage, chaque bonne nouvelle est immédiatement suivie d’une mauvaise… C’est donc très logiquement que nous apprenons que notre assurance refuse de nous couvrir au delà de 60° nord, nous interdisant ainsi tout accès à la Finlande, donc les côtes sud et l’archipel des Åland sont situés entre 59,8 et 61° nord… Les discussions avec l’assurance tournent en rond et je suis rapidement en butée avec mon interlocuteur. C’est avec un plaisir non dissimulé que je me fends en soirée d’un mail « gratiné » à mon assurance -un exercice dont je raffole- pour expliquer le grotesque de la situation dans laquelle nous sommes.
La situation douche notre enthousiasme et nous réfléchissons en soirée aux autres options possibles si nous ne pouvons ni aller en Finlande, ni continuer plus au nord, du côté suédois du Golfe de Botnie.

Vendredi 18 juin
Après une semaine passée à Stockholm, il est temps de penser à repartir et de repasser en mode « croisière ». Le quartier de Gamla Stan nous ayant particulièrement plu, nous décidons d’y refaire un petit tour pour ce dernier jour à Stockholm. Au préalable, un nouveau coup de fil à notre assurance, et un échange de plus d’une heure avec différents interlocuteurs, permet d’aboutir à la négociation suivante : il nous sera finalement possible d’aller jusqu’à maximum 61° nord de latitude (couvrant ainsi tout l’archipel de Åland), mais pas plus au nord, et seulement à partir du 21 juin : « les voies des assureurs sont parfois impénétrables » 😉
Ragaillardis par cette nouvelle, nous réussissons cette fois à visiter l’impressionnante armurerie du Palais Royal, qui abrite également une incroyable collection de carrosses et de luges. Quelques déguisements à la sortie nous permettent de nous glisser dans la peau de la famille royale de Suède. Blanche est comme une dingue d’être enfin devenue une Princesse ! Passage dans les rues étroites pour quelques achats puis retour au bateau pour se mettre en condition avant la demi-finale de TOP 14 de rugby qui oppose ce soir La Rochelle au Racing 92 ! Rendez-vous le vendredi 25 (et ici la grande fête annuelle de Midsommar) pour la finale ! La victoire des rochelais conclue idéalement cette belle et riche semaine à Stockholm. Demain matin, départ matinal pour faire route vers le nord de l’archipel de Stockholm avant de pouvoir traverser d’ici quelques jours vers la Finlande.

Pour les amateurs de Radio Boubou, il se pourrait que nous décalions un peu la sortie de l’épisode 7. Nous nous en excusons d’avance, mais si un créneau météo intéressant se présente, nous allons le saisir et avancer. Nous produirons l’épisode dès que possible, à l’occasion de notre prochaine journée à terre. D’ici là, salutations et amitiés à tous, et merci encore et toujours pour vos messages, questions et encouragements !

Claire & Alex

Fyrudden // Stockholm – du 2 au 10 juin

Le bateau

2 juin – Fyrudden // Arkösund
Après cette pause de 48 heures à Fyrudden, nous repartons le 2 juin au matin, avec pour objectif de rallier Arkösund où nous avons rendez-vous le lendemain dans un chantier pour faire contrôler notre moteur. Celui-ci cale deux fois pendant la manoeuvre pour quitter le catway et pose ainsi l’ambiance de la journée : elle sera placée sous le signe de la méfiance vis-à-vis de ce quatre temps qui nous pose quelques soucis… L’archipel de Gryt est magnifique mais le vent de NE qui souffle se canalise entre les îles et nous l’avons la plupart du temps de face, nous obligeant à utiliser régulièrement le moteur pour aborder ce que nous avons décidé d’appeler « des passes ». Ces passages étroits entre les îles sont pour la plupart bien balisés, et nous bénéficions d’une bonne cartographie GPS avec Navionics, mais nous avons déjà constaté que certains cailloux n’y figurent pas… Nous les abordons en ralentissant un peu et le plus souvent avec Claire ou moi à l’avant sur la delphinière, en mode « vigie ». En milieu de journée, les bras de mer s’élargissent et nous filons à la voile au près vers Arkösund.
Coincés entre le continent et l’île d’Arkö, dans un bras de mer magnifique bordé de petites falaises où siègent de magnifiques villas, se trouvent deux port d’invités séparés de quelques dizaines de mètres. Sans vraiment nous concerter, nous nous dirigeons vers un petit ponton vide, au plus près du rivage : le NSS Gästhamn. A quelques dizaines de mètres, un grand mât avec haubans et hune, installé sous un joli club-house, sont déjà la promesse d’une belle soirée pour les petits et les grands. Malheureusement, ou pas, la saison estivale n’a pas encore débutée, le port est vide et la capitainerie fermée. Malgré cela, un bénévole du club fini par apparaître, et hisse les couleurs du club dans le mât, ainsi qu’une série de drapeau du langage maritime international, formant ainsi les lettres : TMID du haut vers le bas. Si quelqu’un peut nous éclairer sur le sens de ce message, nous sommes preneurs. Nous partons saluer nôtre hôte et l’accueil et comme d’habitude très sympathique. Les douches sont à l’extérieur, directement sur les pontons, et nous pouvons utiliser à notre guise le sauna !

3 juin – Journée à terre à Arkösund.
Nous avons rendez vous à 10h au chantier MARIN AB situé à 0,5 MN plus au nord. Le moteur ronronne ce matin, et nous ne savons pas encore si, venant de sa part, nous devons prendre çà comme un bras d’honneur ou des excuses ! En quelques minutes nous rallions le chantier et nous amarrons sur ses pontons. Les enfants débarquent et un mécanicien prend place à bord. Après lui avoir fait le conte de nos péripéties et des différents travaux que nous avons effectués, il réalise une série de tests sur le moteur. Après 20 minutes le verdict tombe : le moteur n’a visiblement aucun problème ?! Il nous change le filtre à essence, et nous explique que la dernière vidange effectuée avec Claire a visiblement fini d’évacuer l’eau du compartiment à huile, et que, sans garantie aucune, les problèmes de puissance et de calages peuvent être liés à la présence d’eau dans les circuits électriques. Le fonctionnement du moteur pendant quelques heures la veille, ainsi que le soleil et la nette remontée des températures ont surement contribué à le sécher. Après avoir régler « le prix de la tranquilité » (c’est à dire cher pour le temps passé, mais où tu es quand même content parce que tu t’en sors pas trop mal…), nous retournons en fin de matinée à notre NSS Gästhamn, où nous allons rester encore une nuit. Nous avons envie de nous promener, et j’ai promis à Ti’Paul de « l’éclater » au mini-golfe situé à 500 mètres du bateau. Trois heures plus tard je termine le mini 12 trous à l’avant dernière place, à un point seulement devant Blanche (4 ans)… Nous finissons la journée avec une glace pour les uns, et un petit footing pour l’autre. En courant une seule question m’obsède: comment je peux être aussi nul au mini golf ?!? Une fois les enfants couchés, je fini par me consoler en profitant avec Claire du sauna installé presque sur les pontons.

4 juin – Arkösund // Broken.
En fin de matinée, après quelques devoirs avec les enfants, nous quittons Arkösund. Après avoir enrouler la pointe sud de l’île d’Arkö, nous déroulons le gennaker et filons tribord amure cap au NE, par un vent de travers de 8 à 12 kt. Après ces journées de navigation dans les archipels, nous avons presque plaisir à retrouver un peu de large pour cette traversée de l’estuaire de Norrköping. Il donne accès vers le célèbre Göta Canal qui traverse le sud de la suède d’est en ouest, véritable route pour bon nombre de navires entre la mer du Nord et la Mer Baltique. Comme depuis plusieurs jours, le soleil est avec nous et les températures commencent à sensiblement remonter. Nous profitons pleinement de cette magnifique journée de voile, et après 20 MN parcourus, nous arrivons sur l’île de Broken. C’est une toute petite île privée avec une zone de mouillage aménagée grâce à des astucieux pontons en bois qui complètent les rives naturelles en rochers. Un quai à aborder par l’avant avec mouillage arrière vient compléter cet aménagement. Cette technique très utilisée par les suédois en Baltique, permet de gagner de la place sur les quais et d’aborder les rives rocheuses au plus près par l’avant, en utilisant la delphinière du bateau comme passerelle. Elle nécessite d’avoir une ancre et une ligne de mouillage installées à la poupe du bateau. Sur Amor Fati, par souci de poids et de place, nous avons fixé un sac sur le balcon arrière contenant : une ancre de 5 kg, 5m de chaîne et une ligne de mouillage de 15 mètres. Les suédois et les allemands eux, ont tous de gros enrouleurs de sangles fixés sur leur balcon arrière, ainsi qu’une ancre sur un davier qui surplombe la poupe. Puisque notre tirant d’eau est de 115cm, l’accès au plus près de l’île nous est impossible et nous choisissons le quai (vide) en réalisant notre première approche sur ancre arrière. La manoeuvre se passe plutôt bien (nous l’avions pas mal imaginée en amont avec Clairette) mais nous estimons avoir jeter l’ancre trop tard, et j’ai du mal à « sentir » l’accroche de l’ancre à l’arrière. Les enfants profitent d’une petite plage pour se baigner et nous faisons la connaissance des habitués des lieux qui nous conseillent vivement une escale pour le lendemain : la réserve naturelle de Stendörren. Nous avions coché cette étape sur notre guide nautique suédois, mais l’avions écartée pour le lendemain car située à seulement 6 MN de Broken. Nous nous laissons finalement convaincre et choisissons cette destination pour le lendemain. Le soir, en remplissant le journal de bord, je me rends compte que l’horamètre du bateau a visiblement un problème. Alors que nous n’avons utilisé le moteur que quelques minutes seulement sur cette étape, celui-ci indique 908,1 heure contre 882,7 à l’étape précédente… « Ou alors c’est ma montre qui déconne ?! » 😉

5 juin – Broken // Stendörren.
Petite étape d’un peu plus de 6 MN, en vent arrière, où la nette remontée des températures nous permet pour la première fois d’envisager le tee-shirt sur le pont. Le gennaker montre vite ses limites à cette allure. Notre spi nous manque, même si les nombreuses îles de cet archipel génèrent de grosses déventes. Claire à la barre, nous passons deux passes à la voile et prenons petit à petit nos marques et de l’assurance dans ces passages étroits. Après le stress des premières navigations nous en venons à apprécier ces jolis passages parfois techniques. Nous arrivons pour déjeuner au milieu de la baie de cette réserve naturelle fermée par un étroit passage bien marqué par des perches. Nous mouillons tout d’abord « classiquement » et partons nous ballader à terre en annexe. J’ai beaucoup de mal à laisser notre bateau seul au mouillage au milieu de la baie, d’autant plus qu’une brise thermique se met en place en début d’après midi. Depuis la terre, j’ai vraiment l’impression qu’Amor Fati chasse doucement sur son mouillage, et se rapproche tranquillement des rochers qui affleurent 20 mètres derrière la poupe…. Je laisse Claire et les enfants finir la ballade, et regagne le bord pour pouvoir intervenir si besoin. Après les avoir récupérés une heure plus tard, nous décidons de changer de stratégie et de nous essayer à un vrai mouillage suédois contre les cailloux. Une barre rocheuse avec un tombant de plusieurs mètres sous l’eau devrait nous permettre une approche, d’autant plus qu’un bateau suédois vient de s’y installer et nous conforte dans cette option. Un homme en paddle, tirant un kayak, passe à quelques mètres et nous salut en français ! Nous levons l’ancre et préparons notre approche avec l’idée de ne pas lancer le mouillage arrière trop tard cette fois afin de nous en servir comme d’un frein en approchant des rochers. Nous arrivons au ralenti, perpendiculaire à la falaise. Comme il est visiblement de coutume, le voisin suédois se teint prêt à nous aider pour cet accostage, accompagné du français croisé un peu plus tôt. Claire est à l’avant, sur la delphinière, prête à sauter à terre, et m’annonce les distances. Je décide de jeter l’ancre arrière à deux longueurs de bateau de la falaise, et nous finissons notre approche. Notre ligne de mouillage arrière se tend alors qu’il nous reste un peu moins de deux mètres à parcourir… Cette fois j’ai jeté l’ancre trop tôt ! Claire lance les amarres à nos aides à terre et d’un pas que lui permet ses belles et grandes guiboles, rejoint le bord de falaise. En quelques minutes le bateau est amarré de chaque côté à l’avant grâce à des arbres. Nous pouvons assez facilement gagner la terre ferme et le bateau n’est pas prêt de bouger.

Au bivouac aménagé à quelques mètres, où nous avons l’intention de faire griller quelques saucisses en soirée, nous faisons la connaissance d’une famille française installée à Stockholm depuis de nombreuses années. Les parents s’appellent Anne et Stéphane et sont accompagnés de leurs enfants Maël et Léo. Ils sont venus bivouaquer à la belle étoile en famille et ont amenés kayak et paddle. Paul et Blanche sont fous de joie à l’idée de jouer avec d’autres enfants (une première depuis plus d’un mois). Les connaissances sont faites en quelques minutes et les voilà partis jouer aux aventuriers pendant que nous entamons la discussion avec les parents. Stéphane lance le barbecue, les saucisses grillent, et nous profitons des légumes apportés par Anne et Stéphane et qu’ils nous ont proposé de partager avec eux. Nous échangeons sur nos premières impressions de la Suède et, grâce à leur expérience, récupérons de précieux conseils pour la suite de notre voyage et notamment notre visite de Stockholm. Après le repas les enfants partent ensemble faire un tour de kayak sans parents. Je décide d’en profiter pour faire quelques prises de sons pour Radio Boubou et part au bateau chercher l’enregistreur Zoom prêté par un ami ingénieur son à La Rochelle. A mon retour, en voulant aider les enfants à accoster, je glisse sur les algues de la rive, et, sans pouvoir faire grand chose, me retrouve à l’eau jusqu’aux épaules… Evidemment, et malgré l’avertissement de Stéphane quelques secondes plus tôt, j’ai l’enregistreur son dans la poche et mon téléphone. Le téléphone est étanche, pas l’enregistreur son… Je contiens ma colère contre moi-même et pars me changer au bateau. La soirée se termine autour du feu avec un verre de rhum